Mozart : «l’Âme du Monde» ?

par Brigitte Françoise-Sappey

Résumé

Lorsqu’en décembre 1791, au crépuscule des Lumières, s’éteignait Mozart, peu des anciens admirateurs européens de l’enfant prodige auraient prédit à cet « Amadeus » trop vite consumé l’accession à l’Universalité. Rien dans son furtif enterrement viennois ne rappelait les nobles obsèques de Corelli, placé au Panthéon romain aux côtés de Raphaël, ou les funérailles grandioses de Haendel à l’abbaye de Westminster.

Sept ans plus tard, à l’aube du Romantisme, Schelling, le philosophe de l’Idéalisme transcendantal, publie L’Âme du Monde. Il ne pense nullement à Mozart, mais son titre semble destiné au musicien. Entre Bach, le père, et Beethoven, le titan, Mozart pourrait bien incarner ce supplément d’âme. Goethe, l’esprit universel du temps, s’avise aussitôt de la supériorité, unique, du compositeur, puis Hoffmann et tant d’autres encore. L’œuvre multiple de Mozart a gagné, depuis, toutes les scènes et tous les conservatoires de la planète.

Mais il y a plus troublant. Cette musique ne connaît aujourd’hui aucune frontière, ni culturelle, ni spirituelle. Elle est reçue par toutes les civilisations. Elle semble investie du mystérieux pouvoir d’apaiser les angoisses de l’humanité, de redonner vie et sens à l’antique musicothérapie. Mozart n’est pourtant pas Orphée, le mythique aède civilisateur. Il a bel et bien existé. Il a grandi, appris, souffert, aimé. En un lieu et un temps définis, il a été au quotidien l’artisan de son art. Si l’on peut suivre son parcours et analyser sa musique, lèvera-t-on jamais l’Énigme ?