Camille Claudel, la pensée en sculpture

par Anne Delbée

Résumé

Le 21 Octobre 1943, le sculpteur Camille Claudel est inhumée au cimetière de Montfavet dans un total anonymat. Elle a soixante dix-neuf ans et vient de passer ses trente dernières années à l’asile de Montdevergues, oubliée de la société des vivants. Ses sculptures dispersées ici ou là n’intéressent plus personne. On ne retrouvera ni la croix 392, ni la sépulture. « La nuit efface le nom » avait écrit Paul Claudel dans une pièce de jeunesse où l’on voit une sœur faire ses adieux à son frère et disparaître pour toujours.

Pourtant Camille Claudel ne cesse de grandir à travers le monde ; expositions, livres, débats, films.

Elle est devenue universelle et chacun aux quatre coins de la terre ne cesse de s’en réclamer. Ce corps disparu, chacun décide de s’en vêtir comme si elle était devenue l’un de ces grands personnages du Théâtre Mythique. Antigone, Phèdre.

Est-ce à cause de ces trente années de souffrances qu’elle atteint le cœur de chacun de nous ? Est-ce parce qu’elle fut l’amante d’Auguste Rodin ? Et la sœur d’un génie qui a le nom de Paul Claudel ? Ni l’un ni l’autre d’ailleurs ne touche à cette universalité. Cela n’aurait eu qu’un temps, une mode, l’éphémère des scandales.

Le nom de Camille Claudel ne cesse de croître parce qu’il est celui d’une Pensée. Rodin ne s’y était pas trompé lorsqu’il la prit pour le modèle de sa Pensée.

Comme celui du poète, l’art de Camille a commencé voici quelques années à irradier le filigrane du monde, afin de faire découvrir à l’humanité ce qu’il celait. Telle est la musique de Mozart, ou les traités d’Avicenne; le trait immortel atteint les hommes alors que la main de la mortelle qui l’a tracé a disparu.

Nous commençons à entendre la sculpture de Camille Claudel ; elle nous rejoint au plus profond de nous-mêmes dans ce qu’elle révèle cette part indicible en nous de notre humanité, notre Pensée secrète. C’est un appel suprême à dépasser le contour pour découvrir la chair de l’Esprit.