Toute parole fait vivre

par Jean-Pierre Winter

Résumé

Rares sont les psychanalystes dont l’œuvre a suscité l’intérêt au-delà de leur discipline. Citons : Freud, Winnicot, Lacan et bien sûr Dolto. Pourquoi eux ? Parce qu’ils ont tenté de ne pas limiter le champ d’application des découvertes psychanalytiques au seul domaine thérapeutique.

Françoise Dolto a ainsi éclairé des espaces maintenus dans les ténèbres jusque-là. S’agissant de l’enfant et du nourrisson, elle a su montrer par sa pratique et son effort de transmission théorique, que c’est dès avant qu’il soit en mesure de parler et de « comprendre » que l’être humain s’humanise par la parole vraie quand il en est l’Adresse. Elle a mis en évidence la surdité des adultes prisonniers des conventions moralisatrices, religieuses ou médicales aux origines de la détresse des bébés qu’elle a élevés à la dignité des maîtres, s’en faisant l’élève. Elle a su dès lors tirer les conséquences de ce qu’elle apprenait à leur contact en imaginant les lieux et les procédures dont l’enjeu serait une véritable prophylaxie des désordres psychiques qui ne sont pas inéluctables.

Il est sans doute encore trop tôt pour apprécier à sa juste valeur les effets bénéfiques de son travail pour la pédagogie, la théologie, la sociologie de l’enfance, la psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, … mais une chose est certaine : dans tous ces domaines il y aura eu un avant Dolto et un après Dolto. Pour tout le monde.