De l’influence de facteurs religieux sur l’éthique

par Michel Meslin

Résumé

Dans toute éthique, régissant les comportements vis-à-vis de soi comme vis-à-vis des autres, la prise en compte de l’altérité est fondamentale. La question se pose donc de savoir si, dans cette relation à autrui, des facteurs religieux ou spirituels exercent une influence en informant, chez les croyants, des comportements spécifiques. On peut, en effet, se demander quel rôle la loi religieuse peut jouer dans la régulation des rapports inter-humains, d’autant plus qu’il n’existe réellement de morale que celle pratiquée par des humains.
J’examinerai brièvement dans quelle mesure deux sagesses orientales, le confucianisme et le bouddhisme, et les deux monothéismes juif et chrétien ont, par des valeurs qui leur sont propres, déterminé des attitudes éthiques particulières. Il s’agit du ren, la vertu d’humanité définie par Mencius, de sila, la «juste conduite» bouddhiste, et de la notion de «prochain» telle qu’elle apparaît dans la Bible et le judaïsme puis dans le christianisme.
Parce que l’éthique est science de l’action humaine, une analyse rapide des positions actuelles autour des questions de bio-éthique fait apparaître, parmi d’autres exemples, les deux voies qui s’ouvrent aux croyants : celle d’une éthique normative qui entend diriger l’action humaine, ou celle d’une éthique de responsabilité qui tient le plus grand compte des situations particulières.
Le contexte socio-culturel dans lequel nous vivons pose inéluctablement le problème d’un pluralisme éthique. Il est intéressant de relever sur ce point la critique de l’Église catholique qui craint qu’un tel pluralisme ne dissolve les principes de la loi morale naturelle, qu’elle considère comme le fondement sur lequel sa vision religieuse de l’éthique entend se développer.