2010 – Spirituel et Rationnel : les alliances paradoxales

 

 

 

 

 

 

 

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11 septembre 2010, Palais de l’Institut de France, Paris

Foi et Raison : le problème ne date pas d’aujourd’hui, mais les débats autour de la laïcité, de la place du religieux ou du sacré dans les sociétés contemporaines, convoquent ces catégories de façon si tranchée qu’elles semblent vouées à entretenir une guerre de position interminable. À la raison universelle qui ne s’occupe que de savoir, d’expliciter et de contrôler les raisons de ce savoir, s’opposerait la foi aveugle, incommunicable, de ceux qui croient sans voir. Il y aurait d’un côté des « croyants », de l’autre des « savants ». Ce qui n’exclut pas, bien sûr, toutes sortes d’accommodements, d’arrangements, de conciliations entre les deux camps. En témoignent, par exemple, les rapports souvent tendus de la théologie et de la philosophie au fil d’une histoire qui concerne aussi bien l’Occident chrétien que le monde musulman. Cependant, la réalité de cette histoire, comme l’a montré Alain de Libera, est bien plus subtile que ce que suggère le grand récit de la modernité. La prétendue conquête de l’autonomie – autonomie de la raison, de la science –, si on l’examine de près, révèle un paysage complexe : il existe en effet des états de la raison, coexistant avec des rationalités religieuses, et cet état de choses multiple et mouvant oblige à retracer sans cesse les frontières.

Y a-t-il d’autres modes de relation entre spirituel et rationnel que celui de la défiance réciproque ? Sommes-nous condamnés à pratiquer d’abord une franche séparation des genres, pour interroger, dans un second temps, les manières de les articuler ? Cette journée d’études voulait faire le pari inverse. Spirituel et rationnel ont été d’emblée abordés à travers le jeu de leurs alliances. Alliances paradoxales, sans doute, puisque chacun des termes s’y trouve poussé jusqu’à ses limites propres, au risque de se perdre. Ainsi la raison inspirée peut devenir déraisonnable, sans basculer pour autant dans l’irrationnel : c’est ce que la pensée grecque laisse entrevoir, au-delà du partage proclamé entre logos et mythos. L’expérience mystique invite de même à dépasser l’alternative entre foi et raison – pourvu qu’on ne la rabatte pas, justement, sur le problème de la foi, et qu’on prête attention à ce qu’elle peut nous apprendre et à ce qu’elle produit, singulièrement. Car même la foi n’est pas séparable de ses œuvres, et c’est peut-être en s’interrogeant sur ce qui constitue proprement l’objet du spirituel que la démarche spirituelle nous est apparue solidaire d’une « rationalité élargie », capable de se réformer elle-même pour faire communiquer les plans disparates de notre expérience.

Comme l’a montré Pierre Hadot, la philosophie elle-même, comme expérience de réflexion, a pu se définir dans un rapport à des «exercices spirituels » où le sujet est directement engagé, affecté, altéré par l’exercice de la pensée. Au cœur des formes de sagesse ou d’éthique qui ont fait de la connaissance et de la transformation de soi leur enjeu principal, il y a cette idée que la raison, ressaisie dans son effectuation concrète et individuelle, peut faire l’objet d’un travail, admet des degrés de développement. En suivant cette idée, on est conduit à envisager des usages locaux, différenciés, de la rationalité et du spirituel. Il ne s’agit pas de proposer une « nouvelle alliance » entre raison et foi, science et conscience, mais d’explorer des nouages spécifiques entre des discours et des pratiques où les raisons du spirituel se conjuguent aux exigences du rationnel.

Programme

La journée était animée par Patrice Maniglier, professeur de philosophie à l’université d’Essex (Royaume-Uni).

Matinée

Après-midi

 

 

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