Retrouver le goût de l’avenir

Par Jean-Claude Guillebaud

Sans le savoir, nous sommes déjà entrés dans un nouveau monde. La rupture que nous vivons est si radicale que les changements vont, cette fois, bien plus vite que les idées. Nous avons du mal à penser véritablement la mutation anthropologique et historique dont nous sommes les témoins inquiets.

Ce déphasage est redoutable. Il signifie que nous nous sentons de moins en moins capables d’agir sur le cours des choses. Nous sommes tentés de déserter l’histoire, au risque de désarmer la démocratie. C’est contre ce nouveau fatalisme qu’il est urgent de réagir. Retrouver le goût de l’avenir, refonder la démocratie, reprendre possession de notre destin, tout cela exige des mises à jour radicales et nous invite à résister à quelques « folies » contemporaines : la transgression opposée à la limite, l’individualisme brisant le lien, la transparence capable de ruiner l’intériorité, l’innocence libertaire préférée à la responsabilité. Ce sont des chemins nouveaux qu’il s’agit de tracer. Ou d’ouvrir.