Les activités à visée philosophique : source d’un développement éthique chez l’enfant ?

par Jean-Charles Pettier

Résumé

Se développer « éthiquement » consiste pour un enfant, à l’origine centré sur lui-même, à intégrer progressivement à son action les dimensions rationnelles, progressivement élargies, des valeurs universelles exprimées dans les droits de l’homme.
Dans cette perspective, les activités à visée philosophique inscrivent l’enfant, dès son plus jeune âge, dans la perspective des grands problèmes qui se posent à l’humanité, traduits ici sous la forme des questions souvent concrètes qui ont sens à ses yeux. Il devra les penser, sera sollicité dans la classe comme un interlocuteur « valable » (dixit A. Pautard et J. Lévine), dont la parole doit être respectée pour s’exprimer à leur propos. Ce qui ne signifie surtout pas à terme qu’il peut dire tout et n’importe quoi, dans n’importe quelles conditions. Progressivement, spontanément ou plus directement sollicité par l’enseignant, il s’inscrit dans un espace de parole où il est confronté à « ce qu’en disent les autres », qui problématisent ses propos pour construire une réflexion. Ensemble, ils cherchent à évaluer la pertinence des propos échangés : en a t-on précisé les sens ? Sont-ils supportés par des arguments ? Quelles en sont les limites de validité ? En quoi posent-ils problème ?
Le débat d’idées est corrélé à l’expérience des enfants : en quoi ce qu’ils disent correspond-il à ce qu’ils vivent ? En quoi ce qu’ils vivent ou savent est-il sujet de réflexion et peut-il faire l’objet d’une réflexion plus générale ?
L’espace du débat et de la communication des idées s’instaure, véhiculant une éthique de la communication (Habermas) qu’on tentera d’objectiver : en quoi ce que dit l’autre interroge-t-il ses idées ? En quoi en fin de compte le problème qu’il soulève permet-il à la pensée d’être plus largement fondée ?
L’expérience de classe avec des pré adolescents et adolescents, élèves en difficulté scolaire, montre que ce nouvel espace donne le moyen de différencier raison et affect, de saisir l’autre comme la source d’idées originales qui mérite d’être étudiées, dépassant par là le rapport à l’autre marqué par une sensibilité souvent exacerbée.