La disparition de l’éducation morale, une fatalité ?

par Dominique Ottavi

Résumé

À partir de la définition traditionnelle de l’éducation morale à l’école par Jules Ferry (1883), les exigences philosophiques et pédagogiques de cet enseignement soigneusement fondé en théorie seront rappelées.
Aujourd’hui, la substitution du terme d’éthique à celui de morale est en soi une question. Je tenterai d’élucider le sens des expressions d’éducation aux valeurs, de formation à l’éthique, du « vivre ensemble » en m’appuyant sur les travaux de Monique Canto-Sperber sur l’éthique. En effet, le constat d’une « crise des valeurs » et de leur transmission semble appeler une correction par le recours à de tels enseignements. Mais pourquoi sous cette forme, et le projet en est-il cohérent ? Réfléchir à cela implique de faire intervenir en particulier la notion de multiculturalisme. La reconnaissance de l’égale valeur des appartenances culturelles a en effet produit une tolérance qui est rapidement devenue un relativisme et a entraîné une attitude d’abstention dans le domaine de l’éducation morale. Aujourd’hui, l’insuffisance d’une telle position, en particulier à cause de l’augmentation des comportements violents, réclame une refondation de l’éducation morale que l’on ne peut plus séparer de l’éducation politique, la réintroduction dans les programmes de l’éducation civique à partir de 1985 ayant partiellement échoué dans cette tentative.