Savoir être soi-même, savoir vivre ensemble : l’école en Europe au quotidien face au dilemme de toujour

par James Wimberley

Résumé

L’apport de l’Europe, et du Conseil de l’Europe en particulier, au débat n’est pas de proposer une éthique commune unique, mais plutôt de proposer quelques éléments partiels mais pourtant importants et respectables.
Le jeune enfant vit d’abord dans un monde moral, des règles simples de conduite, bien avant qu’on puisse parler de l’abstraction éthique. L’intérêt de l’éthique n’est pas qu’elle offre plus de certitudes, mais qu’elle permet de relever trois défis : les dilemmes posés même dans une société très simple, l’élargissement du champ du jugement à partir de l’environnement immédiat, et enfin la prise de recul critique qui permet un affranchissement de l’individu et de la société d’une simple transmission des valeurs.
L’éthique elle-même a différents niveaux, comme toute science. Les Droits de l’Homme se situent à un niveau relativement concret et pragmatique. Ressuscités à la fin de la 2ème Guerre Mondiale par des initiatives pragmatiques autant que réfléchies, ils ont réussi à rallier un très large soutien des peuples notamment en Europe autour de l’instrument réussi qu’est la Convention Européenne des Droits de l’Homme. Ils fournissent donc un élément solide, une éthique civique à proposer dans les écoles et les lycées.
La Recommandation (2002)12 du Conseil de l’Europe développe cette perspective dans deux affirmations. La première est que l’éducation à la citoyenneté est une responsabilité essentielle du système scolaire, à mettre en œuvre tant au niveau des pratiques de la communauté scolaire que dans les enseignements de contenu. La deuxième est qu’il convient de dépasser la simple instruction civique et de viser un apprentissage du respect des droits de l’autre. Il est clair donc qu’il est question ici d’une véritable éthique de l’enseignement.
Les difficultés présentées par ces principes consensuels résident essentiellement dans la pratique. Les enseignants peuvent définir leur tâche d’une façon trop restrictive qui exclue la dimension des valeurs ; d’autres intègrent cette mission mais d’une façon monolithique et autoritaire ;  d’autres encore accepteraient la tâche mais ne savent pas trop combien la mettre en œuvre, confrontés à des classes turbulentes, de conflits de valeurs dans la société. Une deuxième série de difficultés est à mettre à la porte des décideurs. Les décisions doivent suivre les discours à deux niveaux : le calendrier scolaire pour ouvrir assez de temps et enfin dans les incitations et les messages transmis dans tout le système de gestion et de contrôle de l’enseignement public. Les enseignants ont droit de savoir que le travail dans ce domaine est réellement prisé par la société dans son ensemble.