Outrepasser l’humain par les mots

par Jacqueline Risset

Résumé

Les représentations de l’autre monde (récits ou fresques des églises) ont le plus souvent au Moyen Age l’Enfer pour centre, ou même pour unique objet. Il s’agit, pour ramener les hommes dans le droit chemin, de leur faire peur, en mettant devant leurs yeux les épouvantables supplices qui les attendent après la mort.
Le projet de Dante est différent, et l’idée de la Comédie (l’adjectif divine lui sera attribué plus tard) naît d’un rêve où, après la mort de Béatrice, le jeune poète désespéré voit l’aimée en gloire au Paradis. Il va s’agir pour lui de retrouver cette vision, de la décrire dans un grand poème (La Visione en sera le premier titre), et ainsi – ambition immense – « de tirer de l’état de misère les vivants dans cette vie et de les conduire à l’état de félicité ».
La Divine Comédie se présente donc comme un récit initiatique, qui demande à qui le lit une transformation intérieure semblable à celle qui lui est contée. La traversée de l’Enfer est une mise à l’épreuve renouvelée, le Purgatoire, nouvellement inventé (son institution date de 1274, Dante avait 9 ans) le lieu et le moyen de cette transformation, qui consacre la liberté humaine; et le Paradis, entreprise excessive   – « outrepasser l’humain par les mots » –, l’approche en même temps du merveilleux et de l’impossible.
Aujourd’hui, dans un monde où la croyance qui soutenait en son temps l’édifice dantesque a cessé d’être notre référence, la Comédie nous touche et nous communique encore une énergie intacte, où nous saisissons le pouvoir de la littérature.