La perplexité, productrice de sens chez Moïse Maïmonide

par Géraldine Roux

Maïmonide (1138-1204) a écrit à la fin de sa vie un traité philosophique, le Guide des perplexes, visant à apaiser le trouble des savants devant les contradictions qu’ils expérimentent chaque jour entre Torah et philosophie. Comment prendre à bras le corps le débat sur la croyance et le savoir sans basculer dans le savoir positiviste ni sombrer dans la religion dogmatique ? Tel est le point de départ de sa recherche. Maïmonide n’a pas seulement inventé des concepts ou une philosophie nouvelle. Il a produit une langue commune à la philosophie et à la religion pour leur permettre de dialoguer. Il mêle dans le creuset de la raison toutes les croyances de son temps, y compris les croyances philosophiques. Ne serait-ce pas là la voie de notre modernité, celle d’un échange ouvert où nos contradictions apparentes pourraient se révéler comme des interprétations polysémiques d’un même problème commun ? Pour lui, seuls les préjugés, les opinions toutes faites, se contredisent. Et la grande difficulté est de les transformer en divergences de vue s’éclairant les unes les autres. Maïmonide prend à bras le corps cette difficulté, sans jamais apporter de solution clés-en-main. C’est son cheminement, depuis la construction du concept de « perplexité », que cette intervention vise à découvrir.