La réflexion des premiers auteurs chrétiens sur l’accord du christianisme et de l’hellénisme

par Sébastien Morlet

Dès le IIe siècle naît dans la première littérature chrétienne une réflexion importante sur l’accord du christianisme et de la pensée grecque. Issue d’abord de préoccupations apologétiques — les chrétiens prétendent dire la même chose que les Grecs pour démontrer, aux Grecs, la vérité de leurs doctrines —, cette réflexion se nourrit également, chez des auteurs comme Clément d’Alexandrie ou Origène, d’un questionnement plus fondamental sur la nature et l’histoire de la vérité. Tout en étant conscients qu’il existe des points de désaccord importants entre foi chrétienne et pensée grecque, les auteurs s’appliquent, de Justin à Eusèbe de Césarée, à mettre en évidence les doctrines soi-disant communes aux Grecs et aux chrétiens. Or cet accord, cette « symphônia », en grec, pose un problème théologique : si les chrétiens détiennent la vérité intégrale, comment expliquer que les « païens » aient pu, eux aussi, en connaître des bribes ? On évoquera quelques-unes des réponses qui furent proposées au cours des quatre premiers siècles de notre ère par les intellectuels chrétiens pour résoudre ce problème et on montrera à cet égard de quelle manière la confrontation avec l’autre a pu conduire certains auteurs chrétiens (pas tous) à penser la vérité de leurs doctrines à la lumière de l’idée de consensus, voire d’universalité.