Contemplation, compassion et mystique de l’action

par Emmanuel Gabellieri

La question d’une sensibilité mystique proprement féminine pourrait s’élargir à celle d’un penser et d’un agir spécifiquement féminin. Une confrontation entre H.Arendt et S.Weil met à jour par exemple un même émerveillement devant la vie et la création, le refus du rationalisme et du désir de puissance, la compassion pour ce qui est fragile. Mais chez Arendt, vita contemplativa/vita activa, Amor Dei/amor mundi sont exclusifs. A l’inverse S.Weil et E.Hillesum, que l’on privilégiera ici, manifestent une quête mystique dont le centre de gravité semble être précisément d’unir le ciel et la terre, de mettre en contact le monde et Dieu, là-même où l’absence de Dieu est la plus grande. Une telle expérience intègre la vérité de l’athéisme et de la « nuit » de la foi, comme elle dépasse l’opposition entre Orient/Occident, Dieu personnel/Dieu impersonnel. Elle conjugue le désir du Bien inconnu présent en chaque homme et l’expérience de révélation présente dans le christianisme comme dans les grandes traditions spirituelles. Elle vise à unir action et contemplation au cœur du monde et de l’action la plus humble et la plus absolue.