Alain ANQUETIL

Professeur d’éthique des affaires, ESSCA

Les enseignements d’éthique des affaires qui ont été présentés dans le cadre des Trophées de l’enseignement en éthique sont centrés sur la personne et sur les choix auxquels elle peut être confrontée dans sa pratique professionnelle. Cette orientation fondamentale conduit à situer le questionnement éthique au niveau individuel et, dans une moindre mesure, organisationnel.

Si les cours dispensés à des étudiants de première année d’école de commerce s’attachent à sensibiliser à la portée de l’éthique des affaires et à décrire son inscription dans un cadre de pensée libéral, ceux qui sont donnés en Master pour chacune des disciplines de gestion ont des objectifs qui vont au-delà de la seule sensibilisation. Ils visent d’abord à introduire les questions relatives aux mécanismes généraux de la pensée morale. Ainsi un chapitre important est-il consacré à la psychologie morale, en particulier à quelques-uns de ses développements contemporains. Les cours donnés en Master sont également structurés par une idée directrice qui contribue à produire des « changements positifs » chez les étudiants : répondre à la supposée « thèse de la séparation » entre les règles morales gouvernant la vie des affaires et celles gouvernant la vie ordinaire. Cette thèse est souvent invoquée pour expliquer la « perte de sens » qu’éprouveraient beaucoup d’acteurs de la vie des affaires. L’une des réponses possibles est l’intégration harmonieuse entre vie personnelle et vie professionnelle. La réponse discutée dans le cadre du cours est la thèse selon laquelle il ne devrait pas exister de séparation entre les deux systèmes de règles. Elle est l’une des voies par lesquelles les valeurs de tolérance et de solidarité humaine sont invoquées et encouragées.

Sur un plan pédagogique, l’une des caractéristiques essentielles est le respect par l’enseignant d’un principe de non-neutralité. Celui-ci affirme qu’il ne faut pas laisser les étudiants sur une « impression vague » à l’issue du cours. Sans adopter une posture paternaliste, un enseignant en éthique des affaires devrait, après discussion d’un cas, établir clairement ce qui est moralement bon et ce qui est moralement mauvais. Il devrait en particulier souligner l’importance, face à une situation de choix, de ne pas perdre de vue un bien moral comme l’intégrité, la justice et la vérité, en dépit de la pression du contexte. Il ne s’agit pas d’encourager les étudiants à résister à l’autorité, mais d’affirmer la valeur absolue de l’exercice d’une responsabilité éclairée et de la réalisation de choix autonomes.

Diplômé d’HEC (1984), Alain Anquetil a obtenu un doctorat de sciences cognitives à l’école Polytechnique en 2003, sur le thème de la « faiblesse de la volonté » dans la décision en entreprise. Il est aujourd’hui professeur d’éthique des affaires à l’ESSCA (Angers) et membre associé du Centre de recherche Sens, Ethique, Société (CERSES / Université Paris-Descartes / CNRS – UMR8137). Ses intérêts de recherche portent sur l’épistémologie de l’éthique des affaires et sur les questions politiques et morales relatives aux pratiques et à l’organisation des entreprises. Il est notamment l’auteur de Qu’est-ce que l’éthique des affaires ? (Vrin 2008).