Esprit grec et arts de vivre

par Anne Baudart

Résumé

Éthique en grec joue sur deux registres sémantiques : l’éthos, la coutume, l’usage, et l’êthos, le caractère habituel, la manière d’être individuelle ou collective. Platon reprend, dans les Lois (VII, 792 e), les jeux de la langue pour insister sur le rôle essentiel de l’habitude dans le façonnement des mœurs du jeune enfant. Aristote, le fondateur en titre de l’Éthique, distingue la vertu morale – ou éthique – de la vertu intellectuelle – ou dianoétique – : la première est dérivée de l’habitude, la seconde dépend de l’enseignement reçu. L’éthique, originellement, est placée au carrefour de la vie de l’esprit et de la pratique réitérée du bien.
« Science de la formation du caractère », « traité des plaisirs et des peines », l’éthique, liée aux mœurs et aux coutumes, comme son homologue latin (mos, mores) dépasse le strict champ individuel et touche à ce « vivre-ensemble » (suzèn), qui est la définition minimale de la vie politique, dans la Grèce antique.
Pas de sagesse grecque qui n’ait érigé en « art de vivre » la maîtrise de soi, la mesure – si possible juste –, le bonheur ou le plaisir, l’ataraxie (absence de trouble), la concorde, etc. Le cynisme, même, dans son opposition manifeste au socratisme, vise un dépouillement maximal de tout ce qui aliène. De Démocrite à Marc-Aurèle, la philosophie se donne à la fois comme exercice le plus abouti de l’esprit (nous, logos) et comme mode de vie fondé sur l’ascèse (askèsis, exercice).
L’esprit grec institue pour des siècles, et jusque dans l’Empire de Rome, une philosophie soucieuse de la « belle et bonne » existence de l’homme au sein de la cité (polis).