Sagesse, éthique et philosophie dans la tradition juive

par Maurice-Ruben Hayoun

Résumé

Pour la tradition juive, c’est l’éthique, la sagesse pratique hic et nunc, qui prime. Dans ce cas, quelle définition pourrait-on donner de la philosophie juive spécifiquement ? Celle d’une sagesse pratique, d’un « sentier de rectitude », pour reprendre le titre d’un célèbre traité de Moshé Hayyim Luzzato (1707-1746) paru en traduction française en 1956 (Paris, Puf).

Mais déjà dans la Bible, les livres de la sagesse, dits « la littérature sapientiale », illustraient une certaine forme de spiritualité : Job, les Proverbes et l’Ecclésiaste. On peut donc dire que le judaïsme a généré une philosophie religieuse qui a produit une éthique, laquelle a donné naissance à une sagesse qui se voudrait éternelle. Mais qu’en est-il aujourd’hui ? Comme les autres spiritualités et les autres religions, la tradition juive veut d’abord donner un sens à la vie et à l’existence humaines. Elle place donc l’homme en tête de ses préoccupations.

Voici, selon moi, les valeurs de sagesse que la tradition juive défendrait aujourd’hui :

  • La liberté de l’homme, sa sérénité et sa paix intérieure, en dominant sa nature et en élevant au plus haut point la satisfaction de ses besoins.
  • Un meilleur équilibre entre le progrès technique et le progrès moral : Un homme différent dans un monde différent.
  • La lutte contre l’aliénation sociale et économique de l’homme en préconisant le repos sabbatique qui pourrait fort bien se traduire en repos dominical, même sans travail. Afin que l’être puisse se recueillir et se retrouver.
  • La maîtrise du champ illimité du progrès pour que la valeur de l’homme soit toujours au-dessus de tout le reste.
  • La solidarité entre les générations et les classes sociales, un impératif vital dans des sociétés où le RMI et le RSA touchent tant de gens… C’est l’éthique sociale.
  • La justice tout court. La Bible parle dans le même verset de mishpat u-tsédaqa qu’on pourrait traduire par la loi et l’éthique sociale.

Au fond, le messianisme n’est peut-être rien d’autre que la concrétisation de ces idéaux sur terre.

Intervention de Maurice-Ruben Hayoun au cours de la Journée de la solidarité humaine 2011 : Quelle sagesse pour notre temps ? (voir la vidéo)