Une raison déraisonnable : mythe et dialectique

par Monique Dixsaut

 

Résumé

L’opposition platonicienne entre muthos – la parole de l’origine, l’histoire, qui appelle la croyance et dont le sens doit être interprété – et logos – le discours contrôlé du savoir qui s’articule autour de questions qu’il est seul capable de poser et de réponses qu’il est seul capable de chercher – domine la pensée occidentale jusqu’à ce qu’on a appelé les « philosophies du soupçon ». Les principales suspectes sont alors non seulement la raison mais la conscience : derrière toute forme se dissimulent des forces obscures.

C’est Nietzsche qui opère le renversement le plus radical en substituant à la question « qu’est-ce que ? » – par laquelle le discours rationnel détermine ce qu’il tient pour sa puissance propre : la saisie de ce qui est –, la question « qu’est-ce que cela veut dire ? ».

C’est pourtant chez l’inépuisable Platon que Nietzsche trouve déjà la conception d’un logos, d’une raison « divinement » inspirée, délirante et tirant sa force de la puissance d’éros et d’un savoir oublié donc à réapprendre. Cette raison déraisonnable, mais non pas irrationnelle, définit pour tous deux la philosophie.