Le chant de l’âme chez les musiciens romantiques allemands

par Brigitte François-Sappey

Dans son Doktor Faustus, Thomas Mann affirme : « Si Faust doit être représentatif de l’âme allemande, alors il faut qu’il soit musicien, car les Allemands ont au monde un rapport abstrait et mystique, c’est-à-dire musical. » Un siècle plus tôt, en tête de sa Missa solemnis, L.W. Beethoven inscrivait : « Venue du cœur, puisse-t-elle retourner au cœur ! » Robert Schumann, l’homme des « voix intérieures », confiait à sa future femme, la pianiste et compositrice prodige Clara Wieck : « La postérité doit nous regarder comme un seul cœur et une seule âme ». Autour de cette figure féminine exceptionnelle, dont le monde fête le bicentenaire de la naissance (13 septembre 1819), gravitent aussi Franz Liszt, Félix Mendelssohn et Johannes Brahms, autres incarnations du concept allemand de « la belle âme ». C’est l’idéalisme de ce temps romantique que je vais tenter de cerner. Ce temps dont Nietzsche, le philosophe compositeur, dit en 1888 : « Votre Romantisme allemand m’a induit à considérer combien tout ce mouvement n’est réellement arrivé au but que sous forme de musique. »