L’éthique à l’âge des réseaux ?

par Paul Soriano

Résumé

Le monde des réseaux connaît une crise des «régulations», entendues au sens large comme l’ensemble des règle du jeu économique et social. Entre autres, un phénomène tel que le spam (courriels publicitaires non sollicités) rend bien compte de cette crise, mettant en échec tous les principaux modes de régulation. La loi ? Le spam se joue des frontières. Le marché ? Il ne coûte presque rien. Les usages ? Il ignore souverainement feue la netiquette. La technique même ? Le «filtrage», à l’efficacité toute relative, manque à la fois de pertinence et de légitimité…

Certes, dans ce monde des réseaux, une éthique des affaires commence à émerger, favorisée et requise par la globalisation économique. Mais pour le reste, l’usage même du mot «éthique» est abusif, à tout le moins prématuré, car il n’existe tout simplement pas d’éthique universelle susceptible de réguler les comportements, comme c’était pourtant le cas lorsque quelques milliers de pionniers de l’Internet partageaient peu ou prou la même «culture du réseau».

Face à cette carence de normes efficaces, trois options sont envisageables :

  • L’option utopique. La globalisation culturelle, couronnant la globalisation technologique, économique, politique, voit l’émergence progressive d’une éthique universelle, une nét(h)iquette étendue, dans un monde culturellement homogène et pacifié : le mal est aboli.
  • L’option policière, centralisée. Déployant des dispositifs techniques perfectionnés, des organismes plus ou moins légitimes assurent la surveillance et le contrôle du réseau, dans une perspective essentiellement policière (lutte contre la délinquance, le terrorisme et les déviances…) : le mal est pourchassé.
  • L’option domestique, décentralisée. Également assistés par des dispositifs techniques ad hoc, les individus, les familles et les groupes mettent en œuvre par eux-mêmes leurs propres normes d’usage du réseau (sur le modèle du «contrôle parental») : le mal est expulsé.

Il existe peut-être une quatrième option – que l’on ose à peine envisager… Celle de l’anomie, du dérèglement généralisé par épuisement des ressources culturelles (ce que Francis Fukuyama appelle, dans son dernière livre, le «capital social») : le mal est déchaîné.