Christelle Didier

Maître de conférences en sociologie,
Université catholique de Lille

« Mon projet de recherche porte sur des ingénieurs diplômés qui ont choisi d’utiliser leur talent, leur compétence scientifique et technique pour contribuer à construire un monde plus juste. Il repose principalement sur deux enquêtes de terrain. La première consiste à analyser les parcours professionnels d’une cinquantaine d’ingénieurs dont le métier constitue une réponse aux enjeux primordiaux de notre époque en terme de justice sociale et de solidarité humaine. Par le biais d’entretiens biographiques, il s’agit de mieux comprendre comment ces diplômés en sont arrivés où ils en sont, quels sont les événements qui ont jalonné leur parcours, les rencontres qui ont compté. D’un point de vue sociologique, il s’agira de trouver ce que ces ingénieurs atypiques ont en commun dans la construction de leur trajectoire.

La seconde enquête consiste à suivre une vingtaine de futurs ingénieurs en formation de leur première à leur dernière année d’école. Choisis de façon à refléter la diversité des étudiants des six écoles retenues pour cette enquête, ils seront rencontrés annuellement pour cerner la façon dont ils et elles perçoivent le métier d’ingénieur et raconter les temps forts de leur formation. Il s’agit de mieux comprendre quand et comment s’opèrent pour eux les choix qui vont déterminer leur entrée dans le monde du travail.

La mise en lumière d’ingénieurs « solidaires » vise à faire honneur à l’engagement original et exemplaire d’hommes et de femmes de la technique. Elle vise à proposer de nouveaux rôles modèles aux jeunes qui se sentent une vocation à la fois technique et pleinement humaniste. L’enquête sur les jeunes souhaite contribuer à la réflexion sur une formation éthique qui aille au-delà d’une simple transmission de la déontologie professionnelle ou d’une initiation à la philosophie morale, vers une éducation aux choix. »

Laissant de côté une formation d’ingénieur inachevée, Christelle Didier a commencé par exercer divers métiers auprès de populations en exclusion (jeunes déscolarisés, adultes sans abris) avant de revenir vers le monde des ingénieurs à l’occasion d’un mémoire en sciences de l’éducation portant sur leur « formation morale ». Docteure en sociologie de l’EHESS, chercheure au département d’éthique de l’Université catholique de Lille depuis quinze ans, elle donne des cours et conférences dans diverses universités et grandes écoles sur l’éthique professionnelle, la responsabilité sociale et le développement durable. Membre du Centre Maurice Halbwachs, du comité de lecture du European Journal of Engineering Education et du comité scientifique de la revue américaine Engineering Studies, elle est co-auteur du premier manuel français d’éthique pour ingénieurs : Éthique industrielle (De Boeck, 1998). Elle a publié récemment Penser l’éthique des ingénieurs (PUF, 2008) et Les ingénieurs et l’éthique. Pour un regard sociologique (Hermès, 2008).