Socrate, une fondation inaugurale

par Anne Baudart

Résumé

Socrate représente le moment inaugural d’une fondation de science et de sagesse à laquelle nombre de penseurs, écrivains, poètes, religieux s’abreuvent tout au long des siècles. Celui que la démocratie grecque a condamné à mort en 399 avant notre ère n’en finit pas de susciter débats et commentaires.

Les Pères de l’Église grecs et latins, du IIè au VIè siècle, en font «un savant païen», chrétien à son insu. Au Moyen-Âge, Thomas d’Aquin met en parallèle Socrate et le Christ, dans la Somme Théologique. On reconnaît les «docteurs éminents» à ce qu’ils ne veulent rien écrire. Ils préfèrent graver leurs messages «dans le cœur des auditeurs». La résistance païenne des premiers siècles de notre ère brandit Socrate contre Jésus, au nom de l’unique et vraie sagesse : grecque. Socrate tient tête à Jésus, pour reprendre le mot de Bergson.

La Fontaine place ses Fables sous la double égide d’Esope et de Socrate. Montaigne rapporte sans cesse sa théorie de l’éducation au modèle socratique. Hegel, Kierkegaard ou Nietzsche n’ont de cesse de cerner «cette personnalité de l’histoire mondiale», ce «tournant et pivot de l’histoire universelle», ou de dévoiler les leçons de ce «moraliste», unique autant qu’exemplaire. Le XXè siècle regorge d’ouvrages sur le philosophe grec.

La marque laissée par celui qui n’a rien écrit, mais s’est contenté d’indiquer le chemin, la méthode, pour se connaître soi-même, bien penser et mieux-vivre, nous imprègne encore aujourd’hui. Fondateur de la philosophie comme démarche jamais achevée, toujours questionnante, en quête de vérité et de justice, Socrate mérite qu’on lui confère une attention toute particulière. Son message, «actuel» et «inactuel» à la fois, traverse sans vieillir une temporalité multiséculaire.

Intervention d’Anne Baudart au cours de la Journée de la solidarité humaine 2003 Comment devient-on universel ?