Des pouvoirs spirituels prêtés à la musique

par Marianne Massin

Les pouvoirs prêtés à la musique s’ordonnent le plus souvent selon les lois d’une bipolarité première : la musique serait le reflet immatériel de l’ordre cosmique et comme telle, puissance d’harmonie, mais serait aussi puissance captieuse et déroutante ; elle serait susceptible d’élever l’âme, d’être inspirée et inspirante, mais toujours suspecte à l’inverse, de mettre le corps en transe, et d’asservir l’homme. On s’attachera à comprendre ces oppositions, notamment en s’appuyant sur les figures des mythes et sur l’idée d’inspiration, et à les complexifier en explorant quelques-unes des voies qui articulent ces tensions et les régulent, que ce soit la voie anagogique qui mène du plaisir corporel du son au plaisir spirituel, que ce soit les usages thérapeutiques de certaines musiques, ou l’usage propédeutique qu’on en peut faire. Dans la juste saisie de ces articulations, l’idée d’une « musique de l’âme » suppose aussi de repenser la relation de l’âme au corps et au monde.